Agriculture, Bénin – Loin des slogans de relance ou des bilans conjoncturels, un rapport publié par la Direction générale de l’Économie, sur la période 2017-2022, révèle avec précision les performances, les fragilités et les perspectives de la filière anacarde. Entre contribution mesurée au PIB et emploi largement précaire, le Bénin joue gros dans sa volonté de faire de la noix de cajou un levier industriel. Dans la hiérarchie des cultures d’exportation béninoises, la noix de cajou occupe une place singulière. Longtemps cantonnée à une production brute peu valorisée localement, l’anacarde suscite aujourd’hui de fortes attentes politiques et économiques, notamment dans le cadre de l’agenda de transformation structurelle du pays. Mais au-delà des ambitions, que représente vraiment la filière dans l’économie nationale ? C’est la question à laquelle répond le rapport « Contribution de la filière anacarde à l’économie béninoise », publié le 23 juin 2025 par Direction de la Recherche et des Études Stratégiques (DRES) et la Direction générale de l’Économie (DGE) du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF). [(Rapports et études 2025-N°3)]. Un poids réel mais encore marginal Sur la période 2017-2022, la filière a généré une contribution moyenne de 2,45 % à la valeur ajoutée du secteur primaire, avec un pic de 3,36 % en 2018. Si elle conserve une place stratégique dans le portefeuille agricole du pays, cette part reste modeste en regard du potentiel proclamé de la culture. L’évolution est de surcroît marquée par une variabilité importante, liée aux aléas climatiques, à l’instabilité des rendements et à une structuration insuffisante de la filière. La transformation locale, quant à elle, demeure faible malgré quelques signaux positifs. Sur la même période, la contribution au secteur secondaire n’a atteint en moyenne que 0,85 %, avec une nette progression en 2022 (1,17 %) grâce à l’entrée en service de nouvelles unités industrielles, notamment dans la Zone Économique Spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ). Mais cette dynamique reste encore embryonnaire par rapport aux volumes exportés à l’état brut. Côté secteur tertiaire, les activités de commercialisation et de distribution ont représenté 1,06 % de la valeur ajoutée en moyenne, une performance qui reflète le rôle de l’anacarde dans les exportations agricoles, mais aussi ses limites structurelles en matière de valorisation commerciale. Une exportation forte, une transformation faible Sur les années analysées, les exportations d’anacarde ont constitué 12,07 % des exportations agricoles totales du Bénin, loin devant des produits comme le karité (4,36 %), le soja (1,26 %) ou l’ananas (0,18 %). Pourtant, la transformation industrielle locale demeure marginale, dominée par des procédés artisanaux ou semi-industriels, avec un encadrement encore insuffisant. L’interdiction d’exportation des noix brutes, entrée en vigueur en 2024, vise justement à inverser cette dynamique. Elle pourrait favoriser une intégration verticale de la chaîne de valeur, à condition que les investissements industriels soient accompagnés d’un effort massif de formation, de logistique et de structuration des producteurs. Un levier social à double tranchant Socialement selon le rapport consulté par La Marina BJ, la filière emploie plus de 200 000 personnes à travers ses différents maillons. Les femmes représentent 54,3 % de cette main-d’œuvre, essentiellement concentrée dans les segments les moins valorisés : collecte, transformation manuelle, conditionnement. Mais derrière cette contribution à l’emploi rural, se cache une réalité plus préoccupante : 70,4 % des travailleurs sont en situation précaire, sans contrat formel, sans sécurité sociale, et très souvent employés à la tâche. Les inégalités sont également marquées entre les genres : 76,3 % des femmes du secteur exercent un emploi temporaire, contre 63,4 % des hommes. Seuls 8,9 % des travailleurs sont affiliés à la sécurité sociale, et moins de 8,1 % disposent d’un contrat de travail formel. « La filière crée des emplois, mais peu de travail digne », résume notre spécialiste à la rédaction. Le tournant industriel est-il engagé ? L’essor de GDIZ et la montée progressive des capacités de transformation donnent à penser qu’un tournant est amorcé. Mais le rapport appelle à la prudence : sans réforme de la gouvernance, sans renforcement des coopératives, sans accès au financement et à la formation, l’industrialisation du secteur pourrait rester inaboutie. Selon le rapport, l’anacarde pourrait devenir un vecteur de développement durable, en contribuant à la réduction de la pauvreté rurale, la résilience climatique, l’industrialisation agricole et la promotion de l’entrepreneuriat féminin. Encore faut-il que le pays réussisse à articuler ses ambitions avec une stratégie de transformation à la fois inclusive, productive et compétitive.
Commercialisation des noix de cajou au Bénin : La campagne 2020-2021 officiellement lancée à Kétou
La commune de Kétou dans le département du Plateau a accueilli, le jeudi 11 mars 2021, le lancement de la campagne 2020-2021 de commercialisation des noix de cajou. La Ministre de l’Industrie et du Commerce et son collègue en charge de l’Agriculture ont présidé cette cérémonie officielle. 300 FCFA/kg. C’est désormais le prix plancher d’achat au producteur des noix de cajou. La date d’ouverture de la campagne est le 11 mars 2021, tandis que le 31 octobre 2021 est retenu comme celle de la clôture. Voilà la confirmation du Gouvernement béninois apportée par la Ministre de l’Industrie et du Commerce et son collègue de l’Agriculture, de l’Elevage et de la pêche à l’occasion du lancement de cette campagne 2020-2021 de commercialisation dudit produit. Pour la Ministre Shadiya Alimatou ASSOUMAN, ce lancement permet de faire avec l’ensemble des acteurs de la filière, un bilan et de prendre les engagements pour un développement de la filière et de l’économie béninoise. « Le Conseil National des Exportateurs de Cajou (CoNEC) a enregistré soixante-dix (70) sociétés ayant exprimé une intention d’exportation de noix de cajou brute du Bénin au cours de la campagne écoulée. Ainsi, 137.205 tonnes de noix de cajou brutes ont été pesées au niveau des ponts bascules. En ce qui concerne la transformation, seulement 11.045 tonnes soit 6,49% de noix de cajou ont été transformées. Ce faible taux est dû à la suspension de certains contrats en cette période de Covid-19… », a-t-elle fait remarquer Rigueur et de sérieux requis Surtout que plusieurs difficultés ont émaillé la campagne de commercialisation 2019-2020 notamment « la non réalisation de l’étude de structuration des coûts pour faciliter la fixation du prix plancher, les difficultés d’accès aux financements, la sortie frauduleuse des noix de cajou par les frontières terrestres » sans oublier « le non-respect des engagements par rapport aux quantités et au mécanisme d’approvisionnement des usines en noix brutes, le non aboutissement du processus pour la rétrocession d’une partie des prélèvements pour mieux financer les activités de la campagne, la baisse de la qualité des noix brutes de cajou… ». Toutefois, la ministre en charge du Commerce a exhorté les acteurs à plus de rigueur et de sérieux dans la mise en œuvre des décisions prises de commun accord. Elle a rappelé les dispositions prises par le Gouvernement du Président Patrice TALON dont l’attention accordée au développement du secteur agricole en général et à la filière anacarde en particulier n’est plus à démontrer. Il s’agit de l’interdiction des exportations par voies terrestres, de l’implication de la Police Républicaine pour veiller au respect de cette mesure, du respect par les acteurs des textes en vigueur en République du Bénin et de l’application des sanctions aux acteurs indélicats. Le respect strict des mesures barrières contre la propagation de la Covid-19 lors de cette campagne ayant été fortement recommandé. Pour sa part, Edouard ASSOGBA, Président de l’Interprofession de la Filière Acajou (IFA Bénin) a salué le Gouvernement pour son regard bienveillant vers cette filière de rente qui se classe au 2e rang après celle du coton au Bénin. Il a énuméré quelques acquis tels que la création de l’Association des pépiniéristes, la mise en place de brigades de prestations, la création de nouveaux vergers d’anacardiers, la mise en place du comité de veille stratégique etc. Le Président de IFA Bénin reconnaît que beaucoup restent à faire et c’est pourquoi il sollicite l’accompagnement de l’Etat. Le Ministre en charge de l’Agriculture a parlé avec son cœur aux acteurs de la filière cajou. A en croire Gaston Cossi DOSSOUHOUI, ces derniers doivent travailler à améliorer la productivité et la transformation, maintenir la qualité afin que chacun y trouve son compte. Aussi, a-t-il invité les producteurs à se mettre en groupement avec des normes coopératives pour bénéficier des appuis de l’Etat, à utiliser les plantes greffées pour les nouvelles plantations en vue de l’homogénéité de la plantation. Il faut rappeler que messieurs Vincent AKPONA et Valère FATONNOUGBO, respectivement 1er adjoint au maire de Kétou et Préfet du Plateau, qui ont vanté les atouts et potentialités de la localité, ont honoré de leur présence la cérémonie. Une cérémonie richement agrémentée par des animations folkloriques rythmées par la danse du terroir dite « Guèlèdè ».
Transformation des produits agricoles : Les producteurs de l’Atlantique informés des opportunités de création de richesse
Les activités du Projet de Développement des Chaînes de Valeur des Racines et Tubercules – Manioc, Igname et Patate douce (PDCV-RT) ont été officiellement lancées le mardi 17 février 2026 à Fita, dans la commune de Dassa-Zounmè. L’avènement de ce projet structurant, salué par les bénéficiaires, marque une nouvelle étape dans la modernisation des filières agricoles stratégiques au Bénin. Dédié au manioc, à l’igname et à la patate douce, le PDCV-RT ambitionne d’améliorer durablement la productivité agricole, de moderniser et valoriser les systèmes de transformation, de développer des infrastructures marchandes et des pistes rurales, ainsi que de renforcer les capacités des acteurs publics et privés. Il vise également la création d’emplois décents, notamment pour les jeunes et les femmes. Prévu pour la période 2025-2030, le projet est doté d’un budget de 63 millions d’euros, soit environ 41 milliards de francs CFA, financé par la Banque Islamique de Développement, l’Institut d’Agriculture Tropicale et l’État béninois. Le projet couvre plusieurs départements : le Zou, les Collines, le Borgou, la Donga, le Plateau, l’Ouémé, l’Atlantique, le Mono et le Couffo. Les interventions sont structurées autour des pôles de développement agricole 4, 5, 6 et 7, regroupant notamment des communes telles que Parakou, Djougou, Dassa-Zounmè, Savalou, Zagnanado, Dogbo, Kétou, Dangbo, Abomey-Calavi et Lokossa. Les principaux bénéficiaires sont les petits exploitants agricoles, producteurs et multiplicateurs de semences, transformateurs, commerçants, consommateurs, ainsi que les jeunes, les femmes et les personnes vulnérables. Lors de la cérémonie de lancement, la Secrétaire Générale du Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche a souligné que le Gouvernement nourrit l’ambition de faire émerger un tissu industriel national dynamique, capable de transformer localement les productions de manioc, d’igname et de patate douce en produits à forte valeur ajoutée : amidon industriel pour le textile et la pharmacie, farines panifiables de substitution, chips, semoules, purées déshydratées ou encore aliments pour bétail. « C’est aussi le rêve d’une jeunesse rurale fière, entreprenante et innovante, qui trouve dans les chaînes de valeur agricoles modernes une véritable opportunité d’avenir », a déclaré Madeleine LAFIA MORA. Au nom des bénéficiaires, Monsieur Athanase LOKONON a exprimé sa gratitude au Président de la République, Patrice TALON, au Ministre de l’Agriculture Gaston Cossi DOSSOUHOUI ainsi qu’aux partenaires financiers pour leur engagement. Le Préfet des Collines, Dr Saliou ADOUBOU, a pour sa part rappelé que l’agriculture demeure une source essentielle de revenus et d’emplois pour les territoires, promettant l’accompagnement actif des autorités départementales et communales. De leur côté, le Coordonnateur du projet,Monsieur Innocent Dossou AMINON, et le représentant de la Banque Islamique de Développement, Monsieur Ulrich Grégoire SORGHO, se sont réjouis du lancement effectif des activités au bénéfice des producteurs et des communautés concernées.